En fait, ce que font JYOTI et KAKOLI dans les environs de la ferme, c’est compenser l’absence du gouvernement indien auprès des villageois qui nous ont effectivement semblé abandonnés hors du temps et de la civilisation lors de notre première sortie au village de GANDWA.
Tous les villageois dégagent une dignité et une beauté qui nous ont laissées admiratives.
Mais, tout de même, les enfants sont sales, morveux. Les mouches collées aux yeux et au nez, voire, pire, aux plaies qu’ils ont sur le visage, sur la tête, sur les jambes. Personne ici n’a le réflexe de chasser les mouches !
Quand nous laissons les petits se balader en leur mettant au minimum une culotte, ils sont ici quasi-systématiquement vêtus d’un tee-shirt…mais fesses et jambes nues ! Ils font donc leurs besoins sur eux et il n’est pas rare de voir des traces d’urine sillonnant la crasse qui recouvre leurs jambes.
Les médecins, payés par le gouvernement ne s’intéressent pas à ces villages.
Aussi, lorsque nous avons appris, en même temps que KAKOLI que, pour notre premier jour de clinique mobile, le ministre de la santé du RAJASTHAN, que JYOTI et KAKOLI connaissent, se déplacerait, nous sommes restées interdites.
Le ministre est donc venu, drainant avec lui toute une équipe de médecins, fonctionnaires du gouvernement.
Le gouvernement ne pouvait laisser venir un médecin étranger et subir ainsi l’affront que cela représentait pour eux, le voile levé sur leur absence. Leur carence même.
Nous avons installé notre 1ère clinique mobile à Chuharpur, village d'environ 2000 habitants. La population de ce village est composée de 80% de musulmans et de 20% d'hindous. Ce village est situé à environ 7 kilomètres au nord de Gandwa, dans la province d'Alwar, Etat du Rajasthan.
Nous avions une importante pharmacie grâce aux médicaments fournis grâcieusement par Monsieur Serge DANAN, propriétaire de la pharmacie DANAN située dans le 15ème arrondissement de PARIS.
Une table d'examen
Un bureau...
Et le tour est joué. la salle du village est transformée en cabinet médical et les consultations peuvent commencer. La première patiente arrive, timidement.
Puis, très vite, les patientes et leurs enfants se succèdent et emplissent le cabinet médical improvisé.
Parfois, des bébés rachitiques arrivent...
L'équipe fonctionne à merveille!
et il y a aussi, fort heureusement, des bébés en très bonne santé!
D'autres souffrent de difficultés respiratoires,
ou de blessures qui, par manque d'hygiène, s'infectent très vite...
Un réel contact s'instaure avec les villageois qui nous laissent toucher leurs enfants et même les prendre dans nos bras ou sur nos genoux:
Puisque l'équipe d'AKASH NEEM (Docteur Gilberte LATIFY, infirmières Françoise LEPETIT et Roselyne VESQUE, traductrice Olivia LALONDE) officiait à leurs côtés, nous avons pu observer les médecins du gouvernement travailler. Ou plutôt, les observer ne pas travailler. Généraliste ou gynécologue, ils sont restés derrière la petite table qui leur avait été installée et ont reçus les patients qui se présentaient, tels quels. Sans les examiner. Jamais. La gynécologue qui a vu une trentaine de femmes enceintes n’en a examiné qu’une. Et encore, ce fut un examen très sommaire.
Les médecins du gouvernement se sont présentés à la clinique mobile avec des ordonnances pour seul bagage. Pas de blouse. Pas de stéthoscope. Pas de tensiomètre. Ils empruntaient les outils de travail de maman ! Ils n’ont apporté avec eux que quelques médicaments. Presque rien. Comme les professeurs de Gandwa, ils ont fait acte de présence.
Nous sommes arrivées à 10h sur les lieux de la clinique mobile. L’école du village a été pour l’occasion transformée en centre éphémère de consultations. Au départ, seuls des hommes attendaient sur la petite place. Ils nous ont curieusement regardées déballer les médicaments que nous avions apportés avec nous et organiser notre installation.
Alors que nous terminions de planter notre décor de fortune, le ministre de la santé du RAJASTHAN est arrivé. Il nous a saluées, s’est prêté à la rituelle séance photos, a installé le personnel médical qui l’accompagnait et est allé dans la cour de l’école converser avec les hommes du village.
La clinique mobile était divisée en deux salles de consultation. L’une où la plupart d’entre nous nous trouvions, ainsi que les membres féminins du staff gouvernemental. Cette salle était réservée aux consultations des femmes et enfants. L’autre, où se trouvaient Roselyne et les membres masculins du staff gouvernemental. Cette salle était réservée aux patients hommes.
Puis, petit à petit, les femmes sont arrivées. Sans doutes autorisées par leurs maris, elles se sont présentées de plus en plus nombreuses à la porte de la salle de consultation.
Comme un essaim d’abeilles qui grossirait par instants, la salle de consultation à laquelle il était difficile de limiter l’accès, se remplissait puis se vidait régulièrement.
Pendant les quatre heures qu’a duré cette clinique mobile, de 10h à 14h30, le brouhaha a été incessant. Les patientes et leurs enfants se sont succédé. La plupart des enfants atteints de bronchites et autres bronchiolites, otites et infections cutanées. La plupart des femmes fortement anémiées et très carencées.
Les questions qui leur ont été posées pour comprendre les raisons de ces carences ont permis de mettre à jour une alimentation féminine gravement carencée : les femmes du village que nous avons visité ce matin semblent ne se nourrir que de chappattis (galettes faites à partir de farine de blé) et boivent du Tchaï (thé au lait) toute la journée. Alors que les animaux présents dans les villages (chèvres et moutons) ne sont vraisemblablement pas tués pour être mangés. Les femmes ne mangent pas non plus de dahl (lentilles), ni de riz. Encore moins de légumes et de fruits qui existent pourtant ici.
Nous avons pu tirer trois enseignements de cette première expérience de clinique mobile :
Nous avons manqué d’organisation. Il eut fallu mettre en place un ordre de passage et limiter les entrées possibles dans la salle de consultation pour juguler la foule.
L’éducation est une priorité : éducation alimentaire, éducation sanitaire. Education alimentaire pour que les villageois apprennent à se nourrir utilement. Qu’ils cessent de manger des aliments sans valeur nutritionnelle quand les cultures qui les entourent leur permettraient de ne pas être autant carencés. Education sanitaire qui éviterait nombre d’infections. Le lavage des mains est une base qui n’existe pas et que les villageois ne supposent même pas.
Ces cliniques mobiles ne peuvent se suffire à elles mêmes. Elles sont un préalable nécessaire à la mise en place d’un dispensaire permanent qui permettra aux habitants de se faire soigner régulièrement et de ne plus être soumis à la bonne volonté des médecins gouvernementaux. Pour cela, il faudra faire entendre au gouvernement local qu’un réel besoin sanitaire existe au sein de ces villages et qu’il serait opportun, à terme, de créer un dispensaire dans lequel se relaieraient généralistes et spécialistes, selon les besoins qui auront été déterminés à l’issue des cliniques mobiles.